Lointaines origines

En France, on peut s’appeler Dubois, Dupont, Durand. Mais pour tous ceux qui ont un nom de famille à consonance italienne, allemande, tunisienne, espagnole ou autre – et ils sont nombreux – c’est une histoire de famille différente qui se dessine, avec des parents, des grands-parents, ou des ancêtres voyageurs qui avaient choisi la France il y a plus ou moins longtemps. C’est le cas de Marion. Mais en fait, ses racines lui viennent de beaucoup plus loin que ce qu’on pourrait penser. C’est ce qu’elle raconte aujourd’hui.


Transcription:
M: Marion / A: Anne

A: Alors Marion, vous m’avez dit que en fait, de vo[tre]… du côté de votre maman, vous avez des origines argentines. Comment ça se fait ? (1)
M: Ben, ma mère est donc… Elle est argentine. Elle est née là-bas et elle est arrivée en France à l’âge de 25 ans.
A: Pourquoi ?
M: Parce que, en fait, elle avait… Après son bac (2), elle est partie en Suisse. Et elle avait rencontré des Français. Elle s’était bien entendue avec eux (3). Elle avait noué des liens. Du coup, quand elle était repartie en Arg[entine]… Après, elle est repartie en Argentine. Elle a commencé ses études d’architec[te]… d’architecture. Puis elle a arrêté à la dernière année.
A: Ah bon ?
M: Oui. Pour retourner justement en Suisse revoir ses amis français. Et du coup, après, ils l’ont invitée à venir chez eux et que… C’était à Orcières Merlette. Et c’est là où elle a rencontré mon père…
A: D’accord.
M: … dans une boîte de nuit (4), vu qu’elle travaillait là-bas.
A: Oui, oui oui.
M: Donc voilà.
A: Donc après, elle est restée.
M: Voilà, elle est restée.
A: Elle a été séduite par un Français.
M: Voilà.
A: D’accord.
M: En fait au départ, c’était pas vraiment… Elle était pas vraiment séduite par mon père, vu que… en fait, c’était de l’amitié. Et au départ, ils se sont mariés pour que ma mère, elle ait ses papiers (5).
A: Ah, oui ! Pour qu’elle puisse rester en France.
M: Voilà. Parce qu’elle voulait pas retourner en Argentine, vu qu’elle a eu des problèmes avec ses… ses parents, tout ça. Donc elle voulait partir. Donc elle a rencontré mon père. Ils se sont mariés pour les papiers. Et…
A: Oui. Que pour les papiers ? Ou il y avait quand même… Non, il y avait une amitié, quand même. Il y avait quelque chose.
M: Oui. Ils sortaient ensemble mais bon, voilà, ils… Au départ, ils voulaient pas aller plus loin, quoi. Ils voulaient pas se marier vraiment.
A: Oui, puis après ils se sont dit, si ils voulaient quand même pouvoir rester ensemble, c’était nécessaire de faire comme ça.
M: Voilà. Donc ils se sont mariés. Puis après, du coup, ils devaient se séparer pour… Ouais, ma mère, elle avait eu ses papiers, donc… Voilà.
A: Oui, oui, oui.
M: Puis ils m’ont eue.
A: Ah, d’accord ! Ouh là, là, quelle histoire !
M: Oui, voilà. Donc du coup, ben ils sont restés ensemble et… Voilà.
A: Ah bon, d’accord. Et alors, votre maman, elle vous parle dans quelle langue ?
M: Ben, quand j’étais petite, elle me parlait que (6) en espagnol, vu qu’elle… qu’elle… qu’elle ne parlait pas très bien le français (7). Donc en fait, j’ai d’abord appris à parler l’espagnol. Puis le français, je l’ai appris à la maternelle (8).
A: Oui, d’accord. Ah ! C’est marrant. Et… et vous continuez à bien parler espagnol ou… ?
M: Ben, non, moins parce que…
A: Vous pratiquez pas assez ?
M:  J’habite plus avec ma mère.
A: Ah ! D’accord.
M: J’habite que avec mon père.
A: Oui.
M: Du coup, elle parle un peu moins, vu que maintenant, elle s’est habituée aussi au français. Donc…
A: Oui, oui. Puis elle vit en France donc, c’est le français qui vient.
M: Voilà, donc pour elle, ouais, le français, ça lui vient tout de suite. Mais bon, quand elle s’énerve (9), elle parle espagnol !
A: Le naturel revient au galop ! (10) C’est ça qui fait que… Ouais, d’accord. Il paraît que c’est souvent comme ça, hein, quand on a… je sais pas… des émotions et tout, c’est dans la langue maternelle.
M: […] c’est en espagnol.
A: Ah, c’est rigolo (11) ! Donc quand elle s’éner[ve]… Quand c’est en espagnol, vous savez qu’elle s’énerve et que c’est pas bon (12) !
M: Oui. Puis aussi des fois, elle parle espagnol quand… quand elle a envie de…
A: Oui, de vraiment exprimer…
M: Souvent elle retrouve… Elle a envie de… de retrouver… je sais pas… de se sentir… je sais pas comment dire… de se sentir bien ou… de retrouver sa langue, quoi.
A: Oui, d’accord. C’est vraiment…
M: Donc elle pratique…
A: C’est vraiment se… le plus naturel pour elle et par moment, elle a besoin d’exprimer comme ça.
M: Oui, voilà.
A: Et votre papa, il parle espagnol, ou pas du tout ?
M: Ben vu que… Ouais, quand il… Quand il a rencontré ma mère, elle parlait pas français, donc ils ont commencé à se parler à (13) leur langue, mais…
A: C’était compliqué !
M: Voilà. Puis après, mon père, il a appris du coup par habitude à parler espagnol. Du coup, il parle aussi… Il nous parle de temps en temps aussi en espagnol. Donc voilà.
A: Et alors, vous êtes allée en Argentine ou pas ?
M: Oui. Quand j’étais petite, j’y allais tous les ans. Enfin, j’ai vécu trois mois là-bas. Mais bon, j’étais toute petite, comme je venais à peine de naître.
A: C’est dans quel endroit de l’Argentine ? Parce que c’est un grand pays.
M: A Buenos Aires, la capitale.
A: D’accord. Oui.
M: Et… Ouais, du coup, j’allais (14) tous les ans. Puis après, il y a eu la crise économique là-bas.
A: Oui, oui. C’est ça. C’est terrible.
M: Du coup…
A: Qu’est-ce que ça a fait à la famille là-bas ? Ils ont…
M: Ah, là-bas…
A: … tout perdu ?
M: Non. Ça leur a rien fait, vu que mon grand-père, il savait qu’il allait arriver quelque chose.
A: Il avait pris ses précautions ?
M: Oui, il avait tout retiré des banques, tout ça.
A: Ouais, parce que ça avait l’air terrible, non, quand même.
M: Ils ont tout pris des banques… quoi, tout l’argent dans les banques.
A: Les gens se sont retrouvés sans rien.
M: Sans rien.
A: Et vos grands-parents, vous communiquez comment avec eux ?
M: En espagnol, par mail.
A: Oui ? Ah, par mail. D’accord.
M: Vu que il y a le décalage horaire et tout, c’est souvent dur de parler au téléphone.
A: De trouver un moment. Oui, oui, d’accord.
M: Du coup par mail. Enfin, surtout avec ma grand-mère, je parle par mail.
A: Et votre maman, pourquoi elle était venue en France ? C’était… enfin en Europe ?
M: Ben au départ…
A: Elle était attirée par… Parce que c’est loin quand même de l’Argentine ! Donc c’était une grande décision.
M: Oui, ben en fait, elle a… Elle était prof de monoski avant, en Argentine aussi, elle l’a été. Et du coup, elle voulait partir en Suisse justement pour skier en Suisse. Et c’était son cadeau si elle avait le bac. Donc du coup, bah elle est partie et en Suisse et…
A: Et donc elle est venue en Suisse. C’était la Suisse qui l’attirait pour ça.
M:  Ouais, voilà. Pour skier au départ. Puis voilà, elle a rencontré des Français skieurs. Et comme mon père était skieur aussi.
A: Ah c’était ça, les points communs au départ. Ouais, c’est une histoire intéressante, ça ! D’accord. Bah je vous remercie.

Quelques explications:
1. comment ça se fait ? : on pose cette question quand on veut comprendre le pourquoi d’une situation. On peut continuer la question de la façon suivante: Comment ça se fait que votre famille soit argentine ? (avec du subjonctif présent)
2. le bac: ici, Marion veut parler de l’examen qu’on passe à la fin des études secondaires.
3. bien s’entendre avec quelqu’un: avoir de bonnes relations avec quelqu’un, s’apprécier mutuellement.
4. une boîte de nuit: une discothèque. On dit qu’on va en boîte.
5. les papiers: les papiers d’identité et dans le cas des étrangers, le titre de séjour qui permet de rester sur le sol français au-delà du délai autorisé en tant que touriste.
6. elle me parlait que en espagnol: la phrase parfaite, c’est : elle ne me parlait qu’en espagnol.
7. elle ne parlait pas très bien le français: on peut dire aussi: Elle ne parlait pas très bien français. C’est pareil.
8. la maternelle: c’est l’école maternelle, où on va à partir de l’âge de trois ans. (jusqu’à environ six ans) Il y a trois classes: la petite section, la moyenne section et la grande section.
9. s’énerver: se fâcher, se mettre en colère.
10. Le naturel revient au galop: c’est en fait un morceau d’une expression plus longue: Chassez le naturel, il revient au galop. Ça signifie que c’est difficile de changer quelque chose qui est enraciné dans la personnalité de quelqu’un.
11. rigolo: amusant, marrant (familier)
12. c’est pas bon: ça va mal / Il y a un problème. (familier)
13. à leur langue: c’est ce qu’on entend. Mais ce n’est pas correct. Il faudrait dire: dans leur langue.
14. j’allais tous les ans: il vaudrait mieux dire: J’y allais / J’allais là-bas…

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