La vocation de Sarah

Sarah sait ce qu’elle veut faire depuis longtemps. Elle a donc franchi toutes les étapes pour exercer ce métier dont elle rêvait. C’est un métier qui n’est pas facile et qui demande beaucoup d’équilibre personnel. Elle a raconté son parcours à Rachida, avec l’assurance tranquille des gens qui ont trouvé leur voie et qui ont beaucoup à apporter aux autres.


Transcription:
R: Rachida / S: Sarah

R: Bonsoir Sarah.
S: Bonsoir Rachida.
R: Alors je voulais savoir: qu’est-ce que tu fais dans la vie (1) ?
S: Alors je suis en formation d’assistante de service social, donc je suis en dernière année.
R: D’accord. Et tu fais quoi exactement (2) ? Enfin… quel est ton rôle ? Tu fais quoi (2)?
S: Alors, donc il faut savoir que j’ai toujours voulu faire ce métier. J’ai toujours été dans le cursus…
R: Social ?
S: Voilà, dans le social (3). J’ai commencé par un BEP Carrières Sanitaires et Sociales (4), puis par un bac Sciences Médico-Sociales. Puis j’ai fait une année de prépa (5). Puis j’ai intégré l’Ecole d’Assistantes Sociales il y a cinq ans. Donc tous les stages en fait que j’avais faits au préalable (6) avant d’intégrer ma formation m’ont vraiment donné envie de… de faire le métier, d’aider les gens. Je trouve que c’est… Pour moi, c’est… c’est ce que je réussis le mieux…
R: Donc tu aimes beaucoup le contact avec les gens, les aider dans leurs problèmes.
S: Voilà.
R: Les suivre.
S: Les… La relation d’aide, c’est vraiment ce que je… ce que j’aime faire au quotidien. C’est vraiment une passion pour moi. Donc je me suis dit « Beh, tant qu’à faire… » (7)
R: Pourquoi pas s’engager dans cette voie ?
S: Voilà.
R: D’accord. Et donc tu fais tes études sur Marseille (8).
S: Voilà. Donc je suis originaire d’un… d’une petite ville à côté d’Avignon. Et j’ai réussi mon concours à Marseille et je me suis…
R: Tu es venue ici.
S: Voilà. Tout à fait.
R: Donc là, tu m’as dit que c’était ta dernière année.
S: Voilà, donc…
R: Tu… Tu as fait des stages ?
S: Voilà, donc j’ai fait différents stages donc avant d’intégrer la formation. J’ai fait un stage auprès de… de personnes qui étaient hospitalisées en psychiatrie, auprès de sortants de prison, auprès de personnes âgées.
R: D’accord.
S: Donc ces stages m’ont vraiment… vraiment plu. Ils m’ont… Ils m’ont confirmée dans mon choix de future assistante sociale. Et durant ma formation, j’ai fait un stage auprès des jeunes qui viennent clandestinement en France, donc les mineurs.
R: Ah, c’est intéressant.
S:  Oui. C’est très intéressant de… de pouvoir les aider, de voir ces jeunes qui viennent… qui ont quitté leur famille et qui se cachent dans des camions, qui mettent en vie leur…
R: … qui mettent leur vie en jeu. (9)
S: Voilà. Merci Rachida ! Donc ensuite, j’ai fait un stage auprès de toxicomanes (10), donc…
R: C’est dur… Ça doit être dur à vivre… Pour certaines situations, ça devait être vraiment…enfin.. C’est vrai que c’est choquant.
S: C’est très… C’est très difficile parce que quand tu as un mineur qui te raconte… bah… dans quelles conditions il vit et que beh… il… C’est… C’est… Tu as… tu as envie de le prendre le soir avec toi mais tu peux pas, sinon, tu prendrais tout le monde avec toi ! Et du coup, il faut vraiment prendre… faire un travail sur soi… (11)
R: Savoir bien séparer…
S: Voilà. Et… et justement…
R: Le travail, c’est le travail.
S: Voilà. Et le fait de… d’en avoir conscience, ça m’a aidée au fur et à mesure de ma formation parce que sinon, je prendrais tous les pauvres gens avec moi. Et du coup, le fait de… d’extérioriser ça auprès de ma… de mes copines, bah ça me permet d’évacuer (12). Maintenant j’arrive à… à travailler sur ça, sur cette prise de dis[ance].
R: A bien séparer.
S: Voilà. J’arrive maintenant parce que c’est…
R: Et tu penses qu’il faut avoir quelles qualités ? Enfin, quelle est la quali[té]… Quelles sont les qualités essentielles qu’il faut avoir pour ce métier justement ?
S: Alors, je dirais tout d’abord l’écoute, parce qu’il y a beaucoup de personnes au début qui viennent pour nous demander une aide financière. Et finalement, on s’aperçoit (13) qu’ils ont juste envie de… d’évacuer… de déposer juste…
R: De parler.
S: De parler, voilà.
R: D’accord.
S: Donc l’écoute, la patience, le non-jugement, l’empathie, la relation d’aide…
R: Il y a pas tout le monde (14) qui peut faire ça.
S: Non, franchement, c’est… Bon, c’est pas pour me vanter mais c’est parce que moi, je suis quelqu’un de très sociable à la base et qui est beaucoup dans l’échange avec…
R: Avec les gens.
S: Avec les gens, dans le… le… la… dans la relation. Donc c’est vrai que quelqu’un qui sera pas patient, qui sera dans le jugement ou qui…
R: D’accord. Ça va être difficile pour lui…
S: Voilà ou qui…
R: … pour justement faire ce métier.
S: Voilà, ou qui prend trop les choses à coeur (15). Bon, il faut pas non plus avoir un coeur de pierre (16). Mais voilà, c’est l’entre-deux qu’il faut…
R: Faut savoir faire la… la distinction, la part des choses (17).
S: Voilà. Donc ensuite, j’ai fait un stage auprès de toxicomanes, puis de personnes bénéficiaires du RSA (18), puis à l’hôpital en… auprès des en[fants]… en pédiatrie, donc il y avait beaucoup de situations de maltraitance. Donc ça aussi, ça m’a…
R: Ah oui, ça c’est vrai que…
S: Voilà.
R: C’est vrai que c’est traumatisant.
S: C’est vrai que les enfants qui sont maltraités par rapport à leurs… par rapport à leurs parents, ben, du coup, c’est vrai que quand on fait un placement (19), ben, c’est vrai que l’assistante sociale, dans les films, elle est souvent cataloguée (20)…
R: Oui. Ça c’est vrai.
S: … qui veut pas donner d’argent et qui fait un placement. Mais il faut savoir que si on fait un placement, on l’a bien réfléchi. Bon, déjà, c’est le juge qui…
R: … qui vous aide à prendre vos décisions ?
S: Non, c’est plutôt nous qui aidons le juge.
R: Ah, d’accord. OK.
S: Nous, on fait un avis sur la situation. C’est le juge qui a le dernier mot (21) mais on… on… Quand on décide de placer un enfant, c’est vraiment que c’est parce que c’est…
R: La dernière des dernières solutions.
S: Voilà. C’est vraiment parce que c’est beaucoup mieux pour lui, que le parent, il est maltraitant et que c’est vraiment… Enfin, on retire pas un enfant comme ça, quoi.
R: D’accord. Donc c’est un métier qui te plaît beaucoup.
S: Voilà, je… avec passion. Sinon, je pense que écouter le malheur des gens, je le ferais pas… et… non… Par passion.
R: Bah merci beaucoup Sarah.
S: Merci Rachida.

 Quelques explications:
1. Qu’est-ce que tu fais dans la vie ? : quand on demande ça à quelqu’un, on veut savoir son métier.
2. Tu fais quoi ? : question uniquement orale. (dans un style familier)
3. le social = le secteur social
4. un BEP: un Brevet d’Etudes Professionnelles. Celui de Sarah permet de travailler avec les malades, les personnes âgées, etc…
5. une année de prépa = dans une classe où on prépare un concours pour entrer dans une école. Pour Sarah, c’était l’école qui forme les assistantes sociales.
6. au préalable: avant, auparavant. (style plutôt soutenu)
7. tant qu’à faire: puisqu’il le faut… (ici = puisqu’il faut avoir un travail, autant trouver un métier qu’on fait avec passion.)
8. sur Marseille: c’est devenu à la mode d’utiliser « sur », même si ce n’est pas considéré comme correct. Normalement, on dit: à Marseille, à Paris, etc… Honnêtement, je ne vois pas ce que ça apporte comme nuance de dire « sur Marseille, sur Paris », ni d’où ça peut venir !
9. qui mettent leur vie en jeu = qui mettent leur vie en danger. Sarah s’embrouille dans l’ordre des mots et ne trouve pas l’expression, d’où l’aide de Rachida qui a bien compris ce qu’elle veut dire.
10. un toxicomane: avant, on disait « drogué ».
11. faire un travail sur soi: analyser ses motivations et ses réactions pour trouver un équilibre.
12. évacuer: Sarah veut parler du stress engendré par les situations difficiles qu’elles doit traiter.
13. s’apercevoir: se rendre compte, comprendre.
14. Il y pas tout le monde qui… : normalement, il faudrait dire: « Tout le monde ne peut pas faire ça. » (familier)
15. prendre les choses trop à coeur: ne pas savoir prendre assez de distance. (pour se protéger contre la vision de cette misère) Y mettre toutes ses émotions, trop réagir avec ses sentiments. Prendre les choses à coeur, c’est positif, car ça veut dire qu’on fait les choses avec beaucoup de sérieux et d’implication. Mais les prendre trop à coeur rend vulnérable.
16. avoir un coeur de pierre: ne rien ressentir face aux malheurs, à la souffrance des autres, être très dur.
17. (savoir) faire la part des choses: savoir juger avec équilibre, voir les choses avec réalisme, en pesant le pour et le contre.
18. le RSA = le Revenu de Solidarité Active.C’est une allocation donnée à ceux qui ont des revenus trop faibles.
19. faire un placement: c’est placer un enfant dans une autre famille ou dans une institution pour le protéger de sa famille.
20. être catalogué: c’est être classé dans une catégorie, de manière définitive et peu subtile. C’est péjoratif: par exemple, on peut être catalogué comme paresseux, etc…
21. avoir le dernier mot: être celui qui prend la décision finale.

TELECHARGER: La vocation de Sarah – France Bienvenue

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2 responses to “La vocation de Sarah”

  1. peter tosh says :

    CI MAGNIFIQUE

  2. aziza says :

    c’est genial

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