Les pizzas du samedi soir

Qu’est-ce qu’on mange ce soir ? Question classique.
Pas trop envie de cuisiner ? Alors, direction le camion pizza du coin. C’est pratique, c’est bon, ça plaît à tout le monde.
Jade nous emmène faire un petit tour dans le camion où elle travaille tous les samedis soirs, avec énergie et bonne humeur.


Transcription:
J: Jade / A: Anne

A: Alors, bonjour Jade.
J: Bonjour.
A: Vous… Le… Qu’est-ce que vous faites le samedi soir ?
J: Tous les samedis soirs, je travaille donc dans un camion de pizza, de 18h30 à 21h30 normalement, sauf s’il y a plus de demande, je reste jusque…
A: Un peu plus longtemps ?
J: Voilà, un peu plus longtemps.
A: Le temps qu’il y ait plus de clients.
J: C’est ça.
A: D’accord. Et alors, donc oui, c’est un camion pizza, c’est-à-dire un truc (1) typiquement marseillais.
J: Oui !
A: Donc comment ça se passe alors dans le camion pizza en fait ?
J: Alors, dans le camion de pizza, on est deux. Donc j’ai mon chef et moi. Donc lui, il prépare la pâte. Et donc moi, je garnis les pizzas.
A: D’accord.
J: Et je les enfourne. Je prends les commandes et je fais régler donc les personnes qui viennent récupérer leurs pizzas.
A: D’accord. Et alors… Mais pourquoi vous faites ça ? Enfin, vous avez trouvé le boulot comment ?
J: Alors, c’est des amis à mes parents, en fait, donc qui m’ont demandé si je voulais bien travailler avec eux, tout ça (2), pour les aider parce que le samedi soir, en fait, c’est leur grand-père qui travaille dans ce camion et il a besoin d’aide et du coup, parce qu’il y arrive pas (3) tout seul. Donc…
A: D’accord. Oui, oui, bah oui. Pour faire tout, c’est pas possible.
J: Voilà.
A: D’accord. Et alors, vous faites ça depuis quand ?
J: Ça va faire un an. Là, cet été, ça fera un an.
A: Ah ouais ! Bon sang ! (4) Tous les samedis, et…
J: Oui, tous les samedis.
A: Et l’été aussi, enfin, pendant les vacances ?
J: Tout l’été, oui.
A: Ah oui.
J: Tous les samedis aussi.
A: Et alors, il est… Il est installé où, ce camion ? Parce que…
J: Donc, sur Rognac (5), donc où j’habite. C’est… en fait, c’est sur le passage, on va dire… C’est sur un passage. Voilà. Il y a une petite place et on est dessus.
A: Oui. On peut se garer facilement ? Donc on voit le camion pizza…
J: Voilà. Ils ont fait un… Ils ont fait un parking, tout ça, exprès (6).
A: Oui, oui, d’accord. Et alors, il y a beaucoup de clients ?
J: Oui.
A: Vous êtes connus… […]
J: Bah ça fait 25 ans qu’ils y sont.
A: Ah ouais, d’accord ! Et ils ont jamais en fait acheté une pizzeria, par exemple… enfin…
J: Non.
A: … Un truc en dur (7).
J: Non, je crois que le concept du camion…
A: Ça leur plaît.
J: Ouais.
A: D’accord. Ouais, ouais, ouais. Oui, c’est marrant, ça, hein. Et puis c’est vrai que, bah, ça a du succès, en fait.
J: Oui.
A: Et alors, le samedi soir donc, c’est quoi, les clients ? C’est des gens qui…
J: De tout (8). On a donc des gens qui ont prévu avec des amis de manger des pizzas ce soir-là. D’autres personnes qui, finalement, ils ont pas envie de faire à manger qui viennent. L’autre jour, on a eu une mamie (9) qui gardait ses petits-enfants, que elle a dit… qu’ils avaient épuisée (10) toute la journée. Elle a dit: « Bon, beh on va… Je vais prendre des pizzas, j’ai plus envie de faire à manger ! » Voilà.
A: Oui, et c’est le succès assuré avec la pizza en plus !
J: Voilà, c’est ça.
A: D’accord. Ça peut être comme ça, au pied levé (11)…
J: Oui, voilà.
A: « Tiens (12), il y a un camion, on va s’acheter un truc à manger et… »
J: Oui, c’est ça. Ouais. Oui, la dernière fois, il y avait deux jeunes qui avaient faim. Donc ils nous ont vus, ils se sont arrêtés…
A: Oui, d’accord. D’accord.
J: On a tout type…
A: Et alors, combien de temps il faut entre le moment où la personne vous demande une pizza et le moment où vous lui donnez, quoi ? Ça dépend si il y a beaucoup de clients peut-être aussi.
J: Oui, voilà, c’est ça. En fait, à part si nous… Parce que on a des commandes aussi, donc ils peuvent nous télephoner avant pour nous dire: « Pour telle heure, il nous faut tant de pizzas (13). » Donc quand ça se passe…
A: D’accord, donc vous préparez et…
J: Voilà, donc quand ça se passe comme ça, on prépare après en fonction… par rapport aux clients qui viennent directement au camion dire: « Je veux tant de pizzas. » On voit en fonction. Mais en général, une pizza, on va dire qu’on met trois minutes…
A: Oui ? Ça cuit si vite que ça ?
J: Ouais. Trois, quatre minutes.
A: Combien vous en cuisez à la fois ? Il y a un four, quoi ?
J: Une. Ouais.
A: C’est une à la fois ?
J: C’est un four à bois, nous, qu’on a…
A: Oui, oui. Bon et alors, c’est quoi les grands succès des pizzas ? Qu’est-ce qui est très demandé ?
J: Alors, ce qui est très demandé… Alors, ça dépend des périodes.
A: Oui, c’est ça. C’est saisonnier.
J: Oui. Cet hiver… cet hiver, on a eu beaucoup de Quatre Fromages. Et là, l’été, on a plus de Royales, donc Royale, dedans, il y a du jambon, des champignons et de la sauce tomate et de l’emmenthal. Donc voilà, ça dépend.
A: Oui, en hiver, c’est plus consistant ?
J: Ouais, l’hiver, c’est plus fromage. Oui.
A: D’accord. Ouais, ouais, ouais.
J: On a remarqué ça.
A: Oui, parce que vous faites ça, oui, toute… tout le temps ?
J: Oui.
A: Parce que pour moi, la pizza, c’est un peu associé à l’été.
J: Ah, on a beaucoup plus de monde l’été. Parce que à part… On a beaucoup plus d’habitués l’hiver, tout ça. Mais l’été, on a beaucoup plus de monde parce que justement, les gens, ils nous… Ils nous expliquaient l’autre soir que ils invitent beaucoup de monde, ils reçoivent plus…
A: Oui, on est dans les jardins, tout ça…
J: On reste plus tard dehors. Voilà.
A: … sur la terrasse…
J: Voilà. Surtout qu’on est entourés que de villas, nous, en fait.
A: Ah ! C’est un endroit bien choisi.
J: Donc… Voilà.
A: Oui, parce que c’est ça, il y a quand même sûrement une stratégie, là, pour choisir l’endroit où on fait ça .
J: Oui. Ouais. Ben on est…
A: Du passage. (14)
J: Oui. Il y a du pa[ssage].
A: Un parking ?
J: Oui, c’est ça. Ouais.
A: Et puis, oui, un quartier où les gens, peut-être, vont inviter les autres et se retrouver entre eux.
J: Oui, c’est ça. Surtout que il y a beaucoup… Donc les fêtes de voisins, tout ça, se font beaucoup (15) là-bas. Donc ils se connaissent tous, donc de temps en temps, ils mangent ensemble. Donc… Après, ils se rejoignent au camion. On les voit au camion. Tout le monde se connaît.
A: Bon, et alors je suppose que vous arrêtez pas une minute.
J: Non !
A: Ça doit être un peu crevant (16), non ? Il fait chaud ?
J: Très chaud.
A: Ouais, c’est ça.
J: Très, très chaud. L’hiver, il fait très froid.
A: Ah oui, bah oui, c’est ouvert.
J: Mais l’été, il fait très, très, très chaud !
A: D’accord. C’est les extrêmes.
J: Oui, c’est ça.
A: Bon, et vous aimez les pizzas ?
J: Oui.
A: Vous êtes pas dégoûtée après en avoir fait plein comme ça ?
J: Il y a des soirs, oui. Il y a des soirs où je peux pas !
A: D’accord. Non, bah, c’est bien. Et c’est payé correctement ?
J: Oui, je suis payée 10 € de l’heure.
A: C’est pas mal, ouais.
J: Ouais.
A: D’accord. C’est sympa parce que bon… Mais c’est ça, c’est pour récompenser quand même ce… C’est un effort.
J: Oui. Ouais. Et en plus, on me laisse des pourboires.
A: Ah oui, alors. Ouais ?
J: Donc ça, je les garde.
A: Ah c’est vrai ? Il y a des pourboires ? (17)
J: Oui. On m’en laisse…
A: Ah, les gens, ils laissent…
J: Bah, ils ont décidé que, vu que j’étais sympathique… Souvent on me laisse… Donc voilà. Il (18) me les laisse. Il les garde, parce qu’il y en a qui récupèrent, qui partagent. Lui, non, il me laisse tout. Tout ce qu’on me donne, je le garde. Et si on finit plus tard, voilà, il me paye en plus.
A: Oui, donc c’est réglo (19) et tout se passe bien.
J: Oui. Très bien.
A: D’accord. Et vous faites quoi alors, avec cet argent que vous gagnez ?
J: Alors, plein de choses ! Ça dépend. Soit, bah si j’ai besoin de quelque chose en particulier, de vêtements, parce que j’aime beaucoup la mode !
A: D’accord.
J: Autrement, bah, pour l’essence pour venir jusqu’à l’IUT, parce que j’habite pas à côté quand même.
A: Ah oui, d’accord.
J: Et vu que je viens en voiture…
A: Ouais, donc il y a le côté plaisir, on se fait des petits plaisirs.
J: Voilà.
A: Mais il y a aussi…
J: Il y a aussi le côté, pour payer mon essence.
A: L’obligation…
J: Ouais.
A: Eh oui, puis en plus, elle est chère, hein, quand même !
J: Oui, très chère !
A: Donc c’est vous qui financez ça ? Les parents, non ?
J: Non. Non, non. Je… Je me débrouille toute seule.
A: D’accord. Bon, bah écoutez, la prochaine fois que je mange une pizza, je penserai à vous !
J: Oui !
A: Bon, j’habite pas du côté de (20) Rognac mais sinon, je serais allée vous… vous voir. Et puis, bah c’est bien. Bah, continuez bien alors tout l’été.
J: Oui, merci. Oui.
A: D’accord. Merci beaucoup.

Quelques explications:
1. un truc: quelque chose (familier). Attention, si vous utilisez quelque chose, qui est moins familier, plus neutre, il faut rajouter « de »: quelque chose de typiquement marseillais.
2. tout ça: dans un style familier, ça sert à ne pas donner tous les détails de l’histoire.
3. y arriver: ce n’est pas comme le verbe arriver. Cette expression signifie: réussir à faire quelque chose. On dit par exemple: Tu y arrives ou tu as besoin d’aide ? / Je n’y arrive pas. Tu peux m’aider ?
4. Bon sang ! : cette exclamation marque la surprise. (familier)
5. sur Rognac: encore un exemple qui montre que de plus en plus de gens utilisent « sur » à la place de « à », qui est pour le moment considéré comme seule forme correcte pour les villes: à Rognac.
6. exprès: spécialement pour ça.
7. en dur: un bâtiment, une boutique, etc… avec de vrais murs.
8. de tout: de toute sorte.
9. mamie: c’est comme ça que beaucoup de petits-enfants appellent leur grand-mère.
10. épuiser quelqu’un: fatiguer quelqu’un énormément.
11. au pied levé: au dernier moment, sans avoir rien prévu ou préparé, en improvisant.
12. Tiens: dans ce cas, ce verbe n’a plus du tout le sens du verbe tenir. C’est juste pour attirer l’attention de celui à qui on parle.
13. tant de pizzas: c’est ce qu’on dit pour sous-entendre un nombre. Jade ne veut pas donner un chiffre précis parce que c’est un exemple général. (Ici, tant de ne signifie pas du tout tellement de)
14. du passage: un endroit où il y a du passage, c’est un endroit où il y a beaucoup de monde qui passe.
15. se font beaucoup: sont fréquents / fréquentes
16. crevant: fatigant (familier)
17. les pourboires: c’est surprenant, car d’une part, les pourboires ne sont pas du tout obligatoires en France et en plus, les pourboires ne concernent que les serveurs dans les restaurants, ou le personnel dans les hôtels par exemple. Mais comme le service est compris, beaucoup de gens ne laissent rien. Donc Jade a de la chance !
18. Il: Jade parle de son patron.
19. c’est réglo: c’est juste, tout est fait dans le respect de la loi, des règles. (familier)
20. du côté de: dans les environs / dans ce coin-là.

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7 responses to “Les pizzas du samedi soir”

  1. Rens says :

    Tres jolie, merci

  2. adanane says :

    salut anne
    je vous felecite de ce site impressionnant et trés fructueux
    c’est génial de pratiquer un travail en paralléle avec les etudes c’est benefiqiue pour batir une personnalité solide et on apprend quand meme que la vie est chere et ça demande beaucoup d’effort.Mais dans le sens de ne pas perturber sa vie estudiantine;aussi je me questionne sur l’age de jad et j’espere qu’il ne soit pas encors petit pour travailler,car on a droit à jouer et se reposer la fin de la semaine

    a bientot
    adanne

    • Anne says :

      Bonjour, et merci !
      Jade a à peu près 20 ans. C’est vrai que les étudiants qui travaillent comme elle n’ont pas beaucoup de temps pour se détendre. Et quand on est dans un IUT comme Jade, on a beaucoup d’heures de cours pendant la semaine. Alors, il ne reste pas grand chose pour les loisirs. Mais de plus en plus d’étudiants ont besoin financièrement d’avoir un boulot d’étudiant. Je trouve certains très courageux.
      A bientôt
      Anne

  3. Lise says :

    je vous propose de partager avec vous des exercices d’application (B1 – B2) Si cela vous intéresse, merci de me le dire. LI

  4. Daniel Dávila says :

    Anne j’adore la façon dont vous parlez! Avec un très joli accent et d’une façon très claire et il faut le dire…. Parfaite à mon avis.

    • Anne says :

      Merci Daniel ! C’est le français qui est beau – il paraît – et qui fait ça !
      Mais bon, dans une autre vie, je changerai de métier et je ferai de la radio !

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